
« Les demoiselles d’Avignon » Picasso 1907
Origines et histoire du Cubisme :
Etymologie du terme :
Une des premières questions qui puisse nous venir à l’esprit en entendant parler du cubisme est certainement celle de son étymologie, qu’en est-il donc ?
C’est en 1908, à la description d’un tableau de Braque, que le critique d’art Louis Vauxcelles inspiré par une réflexion d’Henri Matisse, aborde le terme de cubisme. En effet il décrit le tableau comme étant composé de « petits cubes »
Qu’est-ce que le cubisme ?
Donner un nom au mouvement n’est pas chose aisée, de puis dans le cas du cubisme son nom est apparu bien après ses premiers pas. Qu’est donc le cubisme et à quel contexte historique prend t-il part ?
Apparu en 1907, c’est dans une période post-Première Guerre Mondiale que celui-ci se développe, sous l’impulsion des peintres tels que Pablo Picasso et Georges Braque inspirés de Cézanne.
Au départ, l’objectif du cubisme est de représenter des objets sous formes de volume, de bases géométriques telles que des ronds ou encore des triangles.
Et peu à peu, ces mêmes volumes sont à nouveau désassemblés en plusieurs fragments. Tantôt dénué de saturation et bien plus tard reprenant plus de couleurs.
En effet, le cubisme connait plusieurs périodes et plusieurs expérimentations sous les pinceaux de différents grands artistes.
Il a aussi existé un groupe appelé « le groupe de Puteaux » ou encore « la Section d’or » (vers 1912) qui se sont intéressés et ont travaillé sur le thème du Cubisme. Bien que ces groupes représentent une scision au sein du mouvement cubiste, il permet aussi au Cubisme de se développer et de passer les frontières de l’Europe. Ce groupe inclus certains artistes connus comme Robert Delaunay, Marcel Duchamp, Fernand Léger et Francis Picabia entre autre.

Tableau de Robert Delaunay « le champ de Mars » 1911
Le Cubisme est un mouvement qui connait la guerre de 1914 à 1918, ainsi le succès du communisme de 1918- 1920 mais il ne survit pas à un essoufflement prématuré et s’éteint 13 ans après ses débuts, soit dans les années 1920.
Les principes du cubisme :
Il est intéressant de se demander d’où provient le/les principes du cubisme.
Il s’agit, dans le cubisme, comme l’indique Cézanne à Emile Bernard dans une lettre du 15 avril 1904 de traiter « la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers un point central ». Indications à laquelle s’ajoute ces précisions : «Les lignes parallèles à l'horizon donnent l'étendue, soit une section de la nature ou, si vous aimez mieux, du spectacle que le Pater Omnipotens Aeterne Deus étale devant nos yeux. Les lignes perpendiculaires à cet horizon donnent la profondeur. Or, la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu'en surface, d'où la nécessité d'introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l'air.
Les pères du Cubisme :
Qu’ont-ils fait ?
De nombreux artistes ont façonnés ce mouvement, mais quels sont ceux qui lui on donné corps et naissance ?
Ce sont les recherches de Paul Cézanne sur la création d’espace pictural qui ne repose plus sur la figuration comme imitation de la nature, qui amène un début de forme au cubisme.
C’est une nouvelle manière d’aborder la nature, le monde.
En effet si les Impressionnistes ont cherché des effets lumineux, Cézanne dans le cubisme prône une densité, une solidité des composantes de ses tableaux.
Dans les « Demoiselles d’Avignon » de Picasso, tableau qui est considéré comme le premier du cubisme, les composantes sont traitées de la même manière, ainsi, le principe du cubisme s’applique aussi bien à la figure humaine, aux arrières plans et paysages mais aussi à des natures mortes. Il semble y ressortir comme une volonté de traiter de la même manière ces différentes composantes comme le pensait Marc Le Bot.
Le mouvement est aussi né sous les pinceaux des peintres Georges Braque et Pablo Picasso.

« La calanque, temps gris », Georges Braques, 1907
Plus tard c’est l’artiste espagnol Juan Gris qui s’est joint à ce mouvement, proche collaborateur de Picasso et de Braque.

« Portrait de Picasso » Juan Gris 1912
Qui étaient-ils ?
Qui était Paul Cézanne ?
« Autoportrait » Cézanne, 1882
Né le 19 janvier 1839 et mort le 22 octobre 1906, c’est un artiste et peintre français post impressionniste. Son travail représente un pont, une transition entre la fin de cette période d’impressionnisme et le début du cubisme. Dans ses tableaux son travail montre une maitrise de la couleur, de la composition mais aussi de la conception.
C’est son intérêt pour la simplification des formes naturelles en formes géométriques de base qui l’a conduit vers ce qui s’appelle dès 1908 le cubisme.
C’est l’initiateur d’une volonté de recherche artistique qui a touché le XXème siècle.
Qui était Georges Braque ?
« Portrait de Georges Braque » Picasso
Né le 13 mai 1882 et mort en septembre 1963, c’est un artiste qui a abandonné le fauvisme pour se consacrer, avec Picasso, au développement du cubisme. Aussi il reprend l’emploi des pochoirs pour certaines de ces œuvres.
Qui était Pablo Diego Jose Francisco de Paula Juan Nepomuceno Maria de los Remedios Cipriano de la Santisima Trinidad martyr Clito Patricio Ruiz y Picasso ?
« Autoportrait », Picasso 1907
Né le 25 octobre 1881 et mort le 8 avril 1973, c’est un dessinateur, sculpteur et peintre cubiste. Son travail à ce sujet est souvent classé par période. Il effet il aurait eu une période dite « bleue » de 1901 à 1904 et une période dite « rose » de 1905 a 1907. Il a notamment été influencé par l’art primitif africain et ses objets.
Des influences très anciennes
Être les pères d’un mouvement introduit une notion d’influence sur ce qu’ils ont produit. Quelles étaient donc ces influences ?
C’est l’art africain qui, dans sa simplicité et sa puissance, a inspiré de nombreux artistes tel qu’Henri Matisse ainsi, et surtout, Pablo Picasso fasciné par les masques africains.
Masque songye, art primitif africain
L’art africain mais aussi grec et ibérique ont influencé le mouvement du cubisme.
D’autres pensent que c’est dans le travail de Paul Cézanne que se trouvent les racines du cubisme.
Deux points de vue dont l’un n’exclue pas forcément l’autre.
Un concept divers et varié :
Les différentes périodes du cubisme :
Comme nous l’avons mentionné au début du dossier, le cubisme est un mouvement qui possède « plusieurs formes » qui ont évolués sous des artistes inspirés et décidés à travailler le sujet. Donc, comme bon nombre de mouvement, pour ne pas tous les inclure, il naît, prend son essor, s’étend et s’enrichit ou s’appauvrit au fil du temps.
Le Cubisme « cézanien »
De 1907 à 1910, il s’agit d’une période de « Précubisme », appelée aussi « phase cézanienne ». Et pour l’historien Anglais Douglas Cooper, cette période correspond au « petit cubisme ».
Pendant ces quelques années de recherches et de pratique, il y a une volonté de représenter un objet en volume. C’est ainsi que Pablo Picasso crée :
« Le réservoir à Horta » en 1909
Le précubisme voit l’influence de Pablo Picasso, Cézanne et encore Georges Braque.
Le Cubisme « analytique »
De 1910 à 1912, soit sur une courte période appelée le « cubisme analytique », la représentation de l’objet en volume laisse place à sa décomposition ou plutôt, sa déconstruction. Tout est fragmenté, et la couleur est presque inexistante saut des monochromes de gris, bleu et ocre.
En revanche il y a une recherche sur la réflexion de la lumière sur les différents fragments de l’objet. Il y a une stylisation faîte de façon abstraite dans les tableaux.
« Clarinette et bouteille de rhum sur une cheminée », Braque 1911
Ce type de cubisme se base sur une analyse de la forme naturelle réduite en fragments géométriques de deux dimensions. Cette période ne concerne que Pablo Picasso et Braque. « Le joueur de guitare » 1910 Picasso. Ou encore la peinture « Ma Jolie » de 1911 de Picasso et « le Portugais » de Georges Braque dans la même année.
« Le joueur de guitare » et « Ma jolie », Picasso « Le Portugais », Braque
Le Cubisme « synthétique »
De 1912 à 1914, correspond à ce qui est appelé « le cubisme synthétique », la couleur et le collage de papier ou d’objets sont remis au goût du jour. Sur le tableau « guitare et bouteille de Bass » de 1913 de Picasso, des éléments réels sont ajoutés au tableau.
Cette période voit Juan Gris entre autre se démarquer, grâce à la technique de collage qu’il pratiquait.
Exemple de tableau : « Still Lige with Chaircaning » 1912 Picasso avec de nombreux tissus collés :
« Still Lige with Chaircaning », Picasso 1912
Le cubisme synthétique repose sur une insertion de plusieurs objets voire matériaux, les uns imbriqués ou sur les autres. Concept qui s’oppose au cubisme analytique.
Le Cubisme « orphique »
De 1914 à 1921, le cubisme prend la forme du « cubisme orphique ». Un nom donné par Apollinaire a propos des tableaux de Robert Delaunay inspiré d’Orphée, poète présent dans certains mythes gréco-romains. Pendant cette période deux artistes donne rythme et vitesse à leur tableaux à l’aide de cercles concentriques colorés. Il s’agit de Robert et Sonia Delaunay, mari et femme.
Dans ce concept, les artistes adoptent un point de vue de pure abstraction lyrique, portés par les couleurs vives. L’idéal étant d’exprimer, de représentation un état d’être infini.
Joie de vivre, Robert Delaunay
Prismes, Sonia Delaunay, 1914
Prolifération et postérité du mouvement :
Un mouvement innovant et international
Un mouvement ne prend de l’ampleur que lorsque celui-ci est apprécié et travaillé, qu’en est-il donc du cubisme ?
Le cubisme n’a pas seulement des inspirations plastiques mais aussi littéraires ;
Inspirant respect et admiration, il n’est pas étonnant que des poètes entre autres artistes tels que Guillaume Apollinaire permis au cubisme d’atteindre une dimension presque « lyrique », ainsi donner au mouvement plus de force et plus d’étendue.
Pour Apollinaire « la nature est terrassée », l’Homme en vouant un culte à la nature se pose lui-même une barrière face à la « pureté ». Il s’agit d’atteindre « la grandeur des formes métaphysiques ».
Du côté des peintres, le cubisme a une influence considérable, puisque plusieurs artistes du monde entier mais au départ de Montmartre ont promu ce courant ainsi que le marchand d’art Daniel-Henri Kahnweiler. Le mouvement devient alors de plus en plus populaire.
Une influence postérieure
Le cubisme a une postérité internationale mais elle a particulièrement touché l’Europe, notamment la Tchécoslovaquie. Mais aussi les Etats Unis.
Vers 1914, les Portugais se sont détachés du modèle parisien du cubisme, ainsi les fragments de base sont remplacés par un cylindre, cela s’appelle le Rondo Cubisme.
Et dans le cas du cubisme triangulaire il s’agit de les remplacer par une forme de prisme ou de tétraèdre.
Courant qui a inspiré le « futurisme (décomposant le mouvement), l’orphisme (décomposant la lumière) et le rayonnisme (synthèse des deux courants précédant ainsi que le cubisme lui-même.) Le courant a aussi influencé l’abstraction de Piet Mondrian, le constructivisme russe.
Mais aussi des artistes tels que Marcel Duchamp (ready made) ou encore Jacques Villon.
« Nu descendant un escalier », Marcel Duchamps